Vous venez de recevoir un ordre de mutation et vous vous demandez si une prime est prévue pour compenser les frais et désagréments liés à ce déménagement professionnel ? Il n’existe pas une « prime de mutation » unique : plusieurs dispositifs distincts peuvent s’appliquer, selon votre situation et le motif de la mutation. Voici ce qu’il faut connaître sur leur objet et leur calcul.
Pourquoi une indemnisation est-elle prévue en cas de mutation ?
La mobilité géographique fréquente des militaires, consubstantielle à leur statut, justifie la mise en place de dispositifs indemnitaires destinés à compenser les frais de déménagement, les éventuelles pertes de revenu du conjoint, ou les contraintes liées à un changement d’affectation, notamment en cas de mutation vers une zone géographique moins attractive ou plus coûteuse.
Ces dispositifs ne se confondent pas : la prise en charge des frais concerne des dépenses ou prestations déterminées, tandis que l’indemnité forfaitaire est calculée selon des paramètres réglementaires et ne correspond pas au remboursement de chaque dépense engagée.
Quelles sont les principales indemnités liées à la mutation ?
Plusieurs dispositifs peuvent s’appliquer selon la situation, la destination et l’ancienneté du militaire concerné : indemnité pour frais de changement de résidence, couvrant tout ou partie des frais de déménagement et de transport de la famille ; indemnité de mobilité géographique, destinée à valoriser les mutations vers des postes ou des zones déterminées comme prioritaires ; et, dans certains cas, une prise en charge partielle de la perte de revenu du conjoint contraint de cesser ou de suspendre son activité professionnelle du fait de la mutation.
Les frais de changement de résidence
Les frais de changement de résidence relèvent du décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 et de ses arrêtés d’application. Selon les conditions applicables, le dispositif porte notamment sur le transport du mobilier et des bagages, le transport des personnes et certains frais de transit (décret n° 2007-640 du 30 avril 2007 et arrêté du 30 avril 2007).
L’allocation d’accompagnement à la mobilité géographique, prévue par un texte distinct, le décret n° 2007-639 du 30 avril 2007, peut compléter ce dispositif dans les conditions qu’il fixe, notamment lorsque le militaire recherche des devis inférieurs aux plafonds applicables.
L’indemnité de mobilité géographique des militaires (IMGM)
L’indemnité de mobilité géographique des militaires (IMGM) est, quant à elle, une indemnité forfaitaire prévue par le décret n° 2020-1654 du 22 décembre 2020 et ses arrêtés d’application du même jour. Son montant se calcule à partir d’un taux de base de 1 300 euros, multiplié par un coefficient tenant notamment compte du rang de la mobilité et de la composition du foyer fiscal. Le taux de base est fixé par arrêté ; le montant final n’est donc pas identique pour tous les militaires.
La perte de revenu du conjoint
Aucune indemnisation générale de la perte de revenu du conjoint ne doit être présumée en cas de mutation. Un dispositif spécifique d’aide à la mobilité du conjoint est prévu pour certaines mutations consécutives à une opération de restructuration ou de transformation de service, dans les conditions fixées par les textes applicables (décret n° 2008-647 du 30 juin 2008 ; décret n° 2008-366 du 17 avril 2008).
Focus : que se passe-t-il en cas de restructuration ?
Une mutation liée à la restructuration ou à la transformation d’un service peut ouvrir droit à l’allocation d’aide à la mobilité du conjoint (AAMC). Il ne s’agit toutefois pas d’un droit général à l’indemnisation de toute perte de revenus : l’aide vise une situation précise, celle du conjoint marié ou du partenaire lié par un PACS qui est contraint de cesser son activité professionnelle en raison de la mutation du militaire. Si ce conjoint est agent public, il peut également être concerné lorsqu’il est placé en disponibilité, en congé sans traitement ou dans une position assimilée prévue par les textes (décret n° 2008-647 du 30 juin 2008 et décret n° 2008-366 du 17 avril 2008).
La cessation d’activité doit intervenir entre trois mois avant et un an après la mutation. En outre, l’opération doit être formellement reconnue par un arrêté ouvrant droit aux mesures d’accompagnement, et la mutation doit découler directement de cette restructuration. Une mutation qui répond à une demande antérieure du militaire ou à une convenance personnelle ne suffit donc pas, à elle seule, à ouvrir droit à l’AAMC.
| Bon à savoir Le montant forfaitaire de l’AAMC est de 7 000 euros. Cette aide a un objet distinct des frais de changement de résidence, qui concernent les dépenses liées au déménagement, et de l’IMGM, qui répond à la sujétion propre de mobilité géographique du militaire. |
Quelles conditions faut-il remplir pour en bénéficier ?
Les critères ne sont pas identiques d’un dispositif à l’autre. Pour l’IMGM, la mutation doit répondre aux conditions prévues par les textes, notamment concerner une unité située dans un arrondissement différent ; une mutation de convenance personnelle qui ne répond à aucun besoin de gestion est exclue. Le calcul tient compte du rang de la mobilité géographique et de la composition du foyer fiscal à la date d’effet (décret n° 2020-1654 du 22 décembre 2020). Les frais de changement de résidence obéissent à leurs propres règles.
Il est conseillé de :
- Vérifiez les critères applicables au dispositif concerné : la distance n’est pas un critère uniforme. Pour l’IMGM, les textes retiennent notamment le changement d’arrondissement, le rang de la mobilité et la composition du foyer fiscal
- Indiquez votre situation familiale et la composition de votre foyer fiscal à la date d’effet, selon les critères du dispositif demandé.
- Conservez l’ensemble des justificatifs de frais engagés (déménagement, double résidence temporaire).
- Renseignez-vous auprès de votre service gestionnaire sur les modalités de dépôt et les délais applicables à votre demande.
| Sujet pratique Le calcul de ces indemnités varie sensiblement selon l’armée, le grade et la situation familiale. Un rapprochement avec le service des ressources humaines de votre formation, voire un avis juridique en cas de doute sur le montant proposé, permet d’éviter une sous-évaluation de vos droits. |
Que faire si l’indemnité proposée vous semble insuffisante ?
Vous pouvez demander au service gestionnaire de vous préciser le dispositif appliqué et les éléments retenus pour le calcul. Pour contester une décision relative à votre situation personnelle, vous devez saisir préalablement la Commission des recours des militaires (CRM) dans les deux mois ; cette démarche ne garantit pas, à elle seule, un recalcul du montant (articles L. 4125-1 et R. 4125-2 du code de la défense).
Pour aller plus loin
Sur ce thème, vous pouvez également consulter nos articles :
- « Mutation militaire : droits, obligations et recours possibles »
- « Commission des Recours des Militaires (CRM) : rôle, procédure et délais »
- « Peut-on refuser une mutation militaire ? Ce que dit la loi »
Nos avocats experts en droit des militaires, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nous proposons des entretiens en présentiel ou en visioconférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur https://www.agn-avocats.fr/.
AGN AVOCATS – Droit des militaires
contact@agn-avocats.fr
09 72 34 24 72
- Actualités
- Assurance & Responsabilité
- Contentieux & résolution des litiges
- Contentieux MSA
- Droit Administratif et Public
- Droit Contrats & Distribution
- Droit de la Famille
- Droit des Affaires
- Droit des étrangers et de l'immigration
- Droit des militaires
- Droit du Sport
- Droit du Travail
- Droit Forestier
- Droit franco-turc
- Droit Pénal
- Droit pénal des affaires
- Droits spécifiques
- Dubaï
- Fiscalité
- Français à l'étranger
- Immigration
- Immobilier
- Les Quiz AGN
- Propriété intellectuelle et droit du numérique
- Recouvrement de créances et impayés
- Succession