L’acquisition immobilière représente souvent le patrimoine le plus important d’un couple de concubins. Pourtant, sans organisation préalable, le concubin survivant se trouve dans une situation particulièrement précaire au décès de son compagnon. Face à cette réalité, trois techniques patrimoniales majeures s’offrent aux concubins : la tontine immobilière, la tontine en SCI et le démembrement croisé. Chacune présente des avantages et des inconvénients qu’il convient d’analyser pour choisir la stratégie la plus adaptée.
La tontine immobilière : protection civile absolue, coût fiscal élevé
Le mécanisme de la clause de tontine
La clause de tontine (ou clause d’accroissement) est insérée dans l’acte d’acquisition d’un bien immobilier par deux concubins. Elle produit un effet juridique puissant : au décès du premier acquéreur, le survivant est réputé rétroactivement propriétaire de l’intégralité du bien depuis l’origine de l’achat.
Cette fiction juridique emporte une conséquence majeure : les héritiers du prédécédé n’ont aucun droit sur le bien, qui n’a jamais fait partie du patrimoine successoral du défunt. La tontine n’est pas constitutive d’une donation et échappe donc aux règles du rapport et de la réduction. Le concubin survivant bénéficie ainsi d’une protection civile absolue.
L’exigence d’aléa : condition impérative de validité
La validité de la tontine repose sur l’existence d’un aléa réel. Cet aléa suppose deux conditions cumulatives : une espérance de vie similaire des deux acquéreurs et des financements pratiquement identiques. En l’absence de ces conditions, l’administration fiscale peut requalifier l’opération en libéralité déguisée, avec application des règles successorales classiques et de la taxation correspondante.
Cette exigence d’aléa a été confirmée par l’avis du comité de l’abus de droit fiscal du 31 mars 2016. Les concubins doivent donc être particulièrement vigilants lors de la mise en place d’une tontine, en s’assurant que les conditions objectives d’aléa sont bien réunies.
Le revers fiscal : une taxation à 60 %
Si la tontine offre une protection civile maximale, son coût fiscal reste prohibitif. L’acquéreur survivant doit payer des droits de mutation à titre gratuit calculés sur son lien de parenté avec le défunt : 60 % entre concubins sur la valeur de la part recueillie, après un abattement dérisoire de 1 594 €.
Sur un bien de 400 000 € acquis en tontine 50/50, la part transmise s’élève à 200 000 €. Les droits atteignent environ 119 000 €, soit quasiment 60 % de la moitié du bien. Cette taxation massive constitue le principal inconvénient de la tontine directe.
Une exception notable existe toutefois : lorsque le bien constitue la résidence principale et que sa valeur est inférieure à 76 000 €, des droits de mutation à titre onéreux s’appliquent au taux de 5,81 % maximum, nettement plus avantageux.
La tontine en SCI : diviser les droits par dix
Le montage via société civile immobilière
Pour contourner la taxation confiscatoire de la tontine directe, une alternative ingénieuse consiste à structurer l’opération via une société civile immobilière (SCI). Les concubins créent une SCI dont ils détiennent chacun des parts avec clause de tontine. La société procède ensuite à l’acquisition du bien immobilier.
Concrètement, chaque concubin détient 500 parts avec clause de tontine, plus au moins 2 parts hors tontine (pour éviter que la SCI ne devienne rétroactivement unipersonnelle, ce qui annulerait l’effet recherché). Au décès du premier associé, le survivant est réputé avoir toujours détenu les parts « tontinées ».
Une requalification fiscale favorable
L’avantage décisif de ce montage réside dans sa qualification fiscale. La mutation est appréhendée comme une mutation à titre onéreux de parts sociales, et non comme une mutation à titre gratuit. En conséquence, ce sont les droits d’enregistrement applicables aux ventes qui s’appliquent, soit environ 5,81 % (dont 5 % de droits de mutation).
Sur un immeuble de 400 000 € détenu par une SCI tontinée 50/50, les droits s’élèvent à environ 10 000 € (5 % de 200 000 €), au lieu de 119 000 € en tontine directe. L’économie dépasse 100 000 €, soit une réduction de 92 % des droits de succession.
Les précautions indispensables
Le recours à la tontine en SCI exige le respect scrupuleux de certaines conditions. L’aléa doit être préservé : financements équivalents et espérances de vie similaires. La structuration des parts hors tontine (au moins 2 parts pour chaque associé) est impérative pour éviter la SCI unipersonnelle rétroactive.
Enfin, il convient d’éviter toute requalification en abus de droit. Le montage doit être justifié par des motivations patrimoniales sérieuses et mis en place dans un cadre transparent, avec l’accompagnement de professionnels du droit.
Le démembrement croisé : l’outil « roi » pour les concubins
Le mécanisme du démembrement croisé
Le démembrement croisé de parts sociales constitue probablement la technique la plus pertinente pour protéger les concubins, combinant efficacité civile et quasi-neutralité fiscale. Le montage repose sur trois étapes successives.
D’abord, les concubins constituent une société civile immobilière (SCI) détenue à parts égales. Ensuite, ils procèdent à un échange de droits démembrés : chacun échange la nue-propriété (ou l’usufruit) de ses parts avec le droit de même nature détenu par l’autre concubin. Cette opération génère des droits de mutation quasi inexistants en raison de l’équivalence des valeurs échangées. Enfin, la SCI procède à l’acquisition du bien immobilier.
Au décès du premier concubin, le survivant détient déjà l’usufruit de l’intégralité des parts sociales et bénéficie donc de la jouissance totale du bien. Les héritiers du défunt reçoivent la nue-propriété de la moitié des parts, tandis que le survivant conserve la nue-propriété de l’autre moitié.
Les avantages décisifs du démembrement croisé
Le démembrement croisé présente des atouts considérables. Sur le plan fiscal, la transmission s’opère en quasi-franchise d’impôt. Aucune nouvelle taxation n’intervient au décès puisque le survivant ne reçoit pas de droits nouveaux : il s’agit d’une simple consolidation de l’usufruit déjà détenu.
Sur le plan civil, le survivant récupère la jouissance de la totalité du bien immobilier, lui assurant une protection effective. Il conserve par ailleurs 50 % en nue-propriété, garantissant une transmission patrimoniale partielle à ses propres héritiers.
Sur un bien de 600 000 € acquis via une SCI à démembrement croisé, les droits de mutation au décès sont quasiment nuls, contre environ 180 000 € en cas de legs direct de la moitié du bien au concubin. L’économie réalisée est massive : 100 % de jouissance du bien pour le survivant, sans aucune taxation.
Les limites à considérer
Le démembrement croisé comporte néanmoins certaines limites qu’il faut avoir à l’esprit. Le survivant ne dispose pas de la pleine propriété intégrale du bien, contrairement à la tontine qui confère 100 % de la propriété. Cette différence peut être importante selon les objectifs patrimoniaux du couple.
Par ailleurs, comme pour la tontine, l’exigence d’aléa doit être respectée : financements équivalents et espérances de vie similaires. Il convient également d’éviter tout legs réciproque entre concubins, qui pourrait entraîner l’application de l’article 751 du Code général des impôts et la taxation à 60 %.
Quelle technique choisir selon votre situation ?
La tontine directe : protection absolue malgré le coût
La tontine directe se justifie lorsque la protection absolue du survivant constitue la priorité, quelles que soient les considérations fiscales. Elle convient aux couples sans enfants ou lorsque l’objectif est d’exclure totalement les héritiers du défunt de la succession immobilière.
Elle peut également s’avérer pertinente pour les biens de faible valeur (résidence principale de moins de 76 000 €), pour lesquels la taxation reste modérée grâce à l’application des droits de mutation à titre onéreux.
La tontine en SCI : compromis efficace
La tontine en SCI représente un excellent compromis pour les concubins souhaitant une protection forte du survivant (pleine propriété des parts) tout en limitant drastiquement la fiscalité. Cette technique divise les droits par dix par rapport à la tontine directe.
Elle suppose toutefois une structuration juridique plus complexe et un accompagnement professionnel rigoureux pour sécuriser le montage et éviter toute requalification.
Le démembrement croisé : optimisation maximale
Le démembrement croisé s’impose comme l’outil de choix pour les concubins recherchant une protection efficace du survivant (jouissance intégrale du bien) avec une quasi-franchise fiscale, tout en préservant une transmission partielle aux héritiers de chacun.
Cette technique se révèle particulièrement adaptée aux familles recomposées où chaque concubin souhaite protéger l’autre tout en assurant une transmission à ses propres enfants. La complexité du montage justifie là encore l’intervention d’un avocat expert en droit patrimonial.
Nos avocats, en droit immobilier et droit des successions, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nos entretiens peuvent se tenir en présentiel ou en visio-conférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur www.agn-avocats.fr.
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