Le cantonnement du legs constitue un outil patrimonial méconnu mais particulièrement puissant en matière de planification successorale. Cette technique permet à un légataire ou à un conjoint survivant de limiter la part des biens qu’il accepte de recevoir, libérant ainsi une quotité disponible pour d’autres bénéficiaires ou évitant une double taxation. Comprendre et maîtriser ce mécanisme s’avère essentiel pour optimiser une transmission patrimoniale complexe.
Comprendre le mécanisme du cantonnement
Définition et nature juridique
Le cantonnement du legs permet à un légataire ou au conjoint survivant de limiter volontairement la part des biens reçus par testament ou donation entre époux, en n’acceptant qu’une partie de la libéralité consentie. Le reste revient automatiquement aux autres héritiers ou légataires désignés par le défunt.
Ce mécanisme constitue un acte unilatéral et irrévocable. Une fois le cantonnement exercé, le bénéficiaire ne peut revenir sur sa décision. Bien qu’aucun formalisme légal particulier ne soit imposé, il est vivement conseillé de procéder par écrit, idéalement dans un acte notarié ou une déclaration de succession, pour sécuriser juridiquement l’opération et éviter toute contestation ultérieure.
Qui peut cantonner ?
Le droit de cantonner est réservé à deux catégories de bénéficiaires : les légataires (qu’ils soient légataires universels, légataires à titre universel ou légataires particuliers) et le conjoint survivant gratifié par testament ou donation entre époux.
En revanche, les héritiers légaux ne peuvent pas exercer ce droit. Cette restriction s’explique par la nature même du cantonnement, qui suppose une libéralité consentie par le défunt et non une vocation successorale légale.
Une technique qui n’est pas une donation
Point fondamental : le cantonnement ne constitue pas une donation du gratifié aux autres héritiers. Cette qualification est essentielle sur les plans civil et fiscal. Les biens refusés sont transmis aux héritiers comme s’ils avaient été directement légués par le défunt, sans transiter par le patrimoine du bénéficiaire qui cantonne.
Cette transmission directe évite toute requalification en donation indirecte et préserve les droits de chacun sans créer de nouvelles obligations fiscales entre le gratifié et les autres héritiers.
Les effets civils du cantonnement
Une transmission directe du défunt aux héritiers
Lorsqu’un légataire cantonne, les biens qu’il refuse sont réputés transmis directement par le défunt aux autres héritiers ou légataires. Cette transmission s’opère de plein droit, sans qu’aucune formalité supplémentaire ne soit nécessaire.
Concrètement, si un légataire universel cantonne son legs à hauteur de 60 % de la succession, les 40 % restants sont répartis entre les héritiers réservataires comme si le défunt les avait directement gratifiés. Cette fiction juridique garantit la fluidité de la transmission.
Respecter l’ordre de vocation successorale
Le cantonnement doit respecter l’ordre des vocations successorales et les volontés exprimées par le défunt. Les biens libérés reviennent prioritairement aux autres bénéficiaires désignés par le testament ou, à défaut, aux héritiers légaux selon les règles de dévolution successorale.
Cette règle assure la cohérence de la succession et évite que le cantonnement ne bouleverse l’architecture successorale voulue par le défunt ou imposée par la loi.
L’irrévocabilité de la décision
Une fois le cantonnement exercé, il devient irrévocable. Le gratifié ne peut revenir sur sa décision, même s’il réalise ultérieurement que ce choix était défavorable. Cette irrévocabilité impose une réflexion approfondie avant d’exercer ce droit.
Il est donc crucial de réaliser une évaluation patrimoniale complète, d’analyser les conséquences fiscales et successorales du cantonnement, et de se faire accompagner par un avocat ou un notaire pour sécuriser cette décision stratégique.
Les effets fiscaux : éviter la double taxation
Une taxation unique et directe
Le principal avantage fiscal du cantonnement réside dans l’absence de double taxation. Les biens recueillis par les héritiers du fait du cantonnement sont réputés transmis directement par le défunt. En conséquence, le gratifié qui cantonne n’est imposé que sur la part qu’il conserve effectivement.
Les autres héritiers sont taxés sur ce qu’ils reçoivent selon leur propre lien de parenté avec le défunt, sans qu’il y ait une taxation supplémentaire liée au passage par le patrimoine du gratifié. Cette économie fiscale peut se révéler considérable.
Pas de droits de partage supplémentaires
Le cantonnement n’engendre aucun droit de partage entre le gratifié et les autres héritiers. Les droits de mutation par décès sont calculés directement entre le défunt et les bénéficiaires finaux, comme si la transmission s’était opérée ab initio dans ces proportions.
Cette absence de taxation supplémentaire distingue radicalement le cantonnement d’une donation ou d’une renonciation à la succession, qui pourraient générer des droits complémentaires et des complications fiscales.
Illustration chiffrée de l’économie réalisée
Prenons l’exemple d’un conjoint survivant qui reçoit par testament la totalité de la succession (comprenant notamment un appartement de 300 000 €) et qui souhaite ensuite transmettre cet appartement à ses enfants. Sans cantonnement, il devra procéder à une donation ultérieure, générant une taxation en ligne directe sur 300 000 €.
Avec le cantonnement, le conjoint accepte uniquement l’usufruit de la résidence principale et refuse l’appartement. Les enfants reçoivent directement la pleine propriété de l’appartement du défunt, avec une taxation unique en ligne directe. L’économie réalisée correspond à l’évitement de la double taxation successive.
Éviter la sur-protection du conjoint
Dans certaines configurations familiales, le conjoint survivant dispose déjà d’un patrimoine personnel important et n’a pas besoin de recevoir l’intégralité de la succession. Le cantonnement lui permet de refuser une partie de ce qu’il reçoit, évitant ainsi une sur-protection inutile et permettant une transmission directe aux enfants.
Cette démarche présente également un intérêt fiscal pour le conjoint lui-même : en limitant ce qu’il accepte, il réduit mécaniquement la valeur de son propre patrimoine, ce qui diminuera les droits de succession à payer par ses héritiers lors de son propre décès.
Les précautions à prendre avant de cantonner
Analyser l’impact patrimonial global
Avant d’exercer son droit de cantonnement, le gratifié doit procéder à une analyse patrimoniale globale. Cette analyse doit prendre en compte sa situation personnelle (âge, revenus, patrimoine existant), ses besoins financiers futurs, et les conséquences du cantonnement sur l’ensemble des héritiers.
Une erreur dans cette évaluation peut conduire à un cantonnement excessif, privant le gratifié de ressources dont il aurait besoin par la suite, sans possibilité de revenir en arrière.
Mesurer les conséquences fiscales
Le cantonnement doit s’accompagner d’une étude fiscale approfondie. Il convient de calculer précisément les droits de succession dans les deux scénarios (avec et sans cantonnement), en tenant compte des abattements applicables, des taux de taxation selon les liens de parenté, et des éventuelles exonérations.
Cette simulation fiscale permet de s’assurer que le cantonnement génère bien l’économie escomptée et qu’il n’entraîne pas d’effet pervers non anticipé.
Se faire accompagner par un professionnel
Compte tenu de la complexité juridique et fiscale du cantonnement, et de son caractère irrévocable, il est vivement recommandé de se faire accompagner par un notaire ou un avocat expert en droit des successions. Ces professionnels peuvent modéliser les différents scénarios, conseiller sur l’opportunité du cantonnement, et sécuriser juridiquement l’opération.
L’intervention d’un professionnel permet également de documenter la démarche, ce qui s’avère précieux en cas de contestation ultérieure par d’autres héritiers ou par l’administration fiscale.
Cantonnement et stratégies patrimoniales complexes
Combiner cantonnement et démembrement
Le cantonnement peut se combiner avec d’autres techniques patrimoniales, notamment le démembrement de propriété. Par exemple, un conjoint peut cantonner son legs en n’acceptant que l’usufruit de certains biens, laissant la nue-propriété aux enfants. Cette combinaison optimise à la fois la protection du conjoint (revenus via l’usufruit) et la transmission aux enfants (nue-propriété immédiate).
Articuler cantonnement et libéralités graduelles
Dans les familles recomposées, le cantonnement peut s’articuler avec des stratégies de libéralités graduelles ou résiduelles, permettant d’organiser des transmissions successives entre le conjoint survivant et les enfants de chaque lit. Cette articulation demande une expertise juridique pointue mais offre une souplesse considérable.
Anticiper le cantonnement dès la rédaction du testament
Le défunt peut anticiper le cantonnement dès la rédaction de son testament, en prévoyant expressément cette possibilité et en organisant les conséquences de ce cantonnement. Cette anticipation sécurise la transmission et évite les incertitudes sur la répartition finale du patrimoine.
Nos avocats, en droit des successions et droit patrimonial, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nos entretiens peuvent se tenir en présentiel ou en visio-conférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur www.agn-avocats.fr.
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