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IS ou IR : quel régime fiscal choisir pour son entreprise ?

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IS, IR, option fiscale… Ces trois lettres reviennent dans toutes les conversations autour de la création d’entreprise, et pourtant elles restent floues pour beaucoup d’entrepreneurs. C’est normal. Quand on est concentré sur son activité, son marché et ses premiers clients, la question du régime fiscal passe souvent au second plan. Pourtant, ce choix peut avoir, dès le début, des conséquences sur le développement de votre entreprise.

Parce que ce choix conditionne directement ce que vous payez à l’État, la façon dont vous vous rémunérez, et même vos possibilités de cession future, il mérite qu’on s’y arrête sérieusement.

Deux régimes, deux façons de concevoir votre rapport à l’impôt

L’imposition sur le revenu (IR) fonctionne sur un principe simple : les bénéfices de votre entreprise s’ajoutent à vos revenus personnels. Fiscalement, vous et votre société ne faites qu’un. Tout ce que l’entreprise gagne, vous le déclarez et payez de l’impôt dessus, que vous l’ayez encaissé ou non.

L’impôt sur les sociétés (IS), c’est l’inverse. La société paie l’impôt sur ses bénéfices de son côté. Vous, vous êtes imposé uniquement sur ce que vous percevez réellement : votre salaire, vos dividendes. La frontière est nette.

Ce n’est pas qu’une question de taux. C’est une question de stratégie.

La première chose à comprendre, c’est que ce choix ne s’applique pas de la même façon à toutes les structures juridiques. Certaines n’ont tout simplement pas le choix : la SARL, la SAS, la SA sont soumises à l’IS par défaut. L’entreprise individuelle, la SNC, la société civile relèvent de l’IR. Mais des options fiscales existent, sous conditions, pour passer d’un régime à l’autre. Une SARL de famille peut opter pour l’IR. Une SAS peut, sous certaines conditions et pour une durée limitée, relever du régime des sociétés de personnes.

Ce que chaque régime vous apporte vraiment

À l’IR, l’avantage le plus concret concerne les premières années : si votre activité génère des déficits, fréquents au démarrage, vous pouvez les imputer directement sur votre revenu global. Résultat : votre impôt personnel diminue dès cette année-là. C’est un filet de sécurité réel pour ceux qui lancent une activité avec des charges lourdes avant d’avoir trouvé leur rythme de croisière.

En revanche, dès que votre activité décolle et que les bénéfices augmentent, l’IR peut vite devenir pénalisant. Tout s’ajoute à vos revenus personnels, et vous basculez dans des tranches d’imposition élevées, 41 %, voire 45 %, même sur des sommes que vous n’avez pas touchées.

L’IS offre une mécanique différente. Le taux réduit de 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfices (sous conditions) est bien souvent en dessous de votre tranche marginale personnelle. Vous laissez les bénéfices dans la société, ils sont faiblement taxés, et vous les réinvestissez ou vous les distribuez plus tard, sous forme de dividendes, en pilotant votre fiscalité. Vous pouvez aussi vous verser un salaire, déductible du bénéfice imposable de la société, et n’être taxé à titre personnel que sur ce que vous percevez réellement.

C’est cette capacité à dissocier ce que la société gagne de ce que vous encaissez qui rend l’IS si attractif pour les entrepreneurs en croissance.

Exemple concret : SAS à l’IS vs IR

Prenons un exemple concret. Vous exercez une activité de conseil via une SAS. Vous vous versez un salaire (chargé) coûtant 50 000 € à la société et la société réalise 120 000 € de bénéfices. Il reste 70 000 € dans la société après votre rémunération. À l’IS, ces 70 000 € sont taxés à 15 % puis 25 % selon les tranches, largement en dessous des tranches hautes de l’IR. Si vous étiez à l’IR, ces mêmes 70 000 € s’ajouteraient à vos 50 000 € de revenus personnels, et vous seriez taxé sur l’ensemble à des taux qui peuvent atteindre 41 ou 45 %. La différence, sur plusieurs années, peut représenter des dizaines de milliers d’euros.

À l’inverse, imaginons un consultant indépendant qui se lance, avec peu de charges fixes, et qui a besoin de tout ce qu’il gagne pour vivre. Il perd de l’argent la première année. À l’IR, ce déficit vient directement réduire ses revenus imposables, c’est une économie immédiate. À l’IS, ce déficit reste dans la société et sera reporté sur les bénéfices futurs, mais n’aide pas son foyer fiscal cette année-là. Dans ce cas précis, l’IR a du sens.

La logique, au fond, est simple : l’IS est un outil de capitalisation. L’IR est un outil de transparence. Selon que vous cherchez à construire un patrimoine professionnel ou à vivre de votre activité au quotidien, ce n’est pas le même régime qui vous correspond.

Les pièges que personne ne vous dit avant de signer

Le premier réflexe que beaucoup d’entrepreneurs ont, c’est de croire que le régime fiscal et le statut social sont la même chose. Ils ne le sont pas. Votre statut de gérant majoritaire, de salarié ou de TNS est une question distincte, mais liée. Confondre les deux peut entraîner des cotisations mal calculées pendant des années.

Autre erreur classique : ignorer ce que le régime fiscal implique en cas de cession. Si vous envisagez de vendre votre entreprise dans cinq ou dix ans, la fiscalité de la plus-value ne sera pas la même selon que vous êtes à l’IS ou à l’IR. Les abattements, les exonérations, les régimes de faveur : tout change. Et une fois engagé dans un régime, revenir en arrière a un coût, parfois très élevé. L’option IS exercée par une société de personnes est en principe irrévocable. Passer de l’IS à l’IR peut déclencher une taxation immédiate des réserves accumulées.

Autrement dit : changer d’avis en cours de route n’est pas interdit, mais ça se paie.

Il y a aussi un aspect que beaucoup négligent : l’impact sur votre protection sociale. À l’IS, si vous êtes gérant majoritaire de SARL, vous relevez du régime des travailleurs non-salariés (TNS) sur votre rémunération, mais les dividendes que vous vous versez au-delà d’un certain seuil peuvent également être soumis à cotisations sociales. Ce mécanisme, souvent méconnu, peut significativement modifier le calcul que vous aviez fait sur papier. C’est un paramètre à intégrer dès le départ dans votre réflexion, pas une surprise à découvrir au moment de votre premier bilan.

Enfin, si vous êtes associé de plusieurs structures, ou si vous envisagez de créer une holding pour organiser votre patrimoine professionnel, le choix du régime fiscal de chaque entité prend une dimension supplémentaire. La remontée des dividendes d’une filiale à l’IS vers une holding mère bénéficie par exemple du régime mère-fille, qui permet une quasi-exonération sous conditions. Autant d’éléments qui ne s’improvisent pas et qui méritent une vision d’ensemble dès le départ.

Alors, IS ou IR : comment trancher ?

Il n’existe pas de réponse universelle. Mais quelques questions permettent de cadrer la réflexion.

  • Avez-vous besoin de l’intégralité de vos bénéfices pour couvrir vos dépenses personnelles ? Si oui, l’IR peut avoir du sens. Si vous pouvez laisser une partie des bénéfices dans la société, l’IS devient beaucoup plus intéressant.
  • Quelle est votre tranche marginale d’imposition ? Plus elle est élevée, plus l’IS vous protège sur les bénéfices que vous ne consommez pas.
  • Quel est votre horizon ? Une stratégie de cession, de transmission familiale ou de réinvestissement change tout à l’équation.

Votre situation personnelle compte aussi. Êtes-vous marié sous un régime de communauté ? Avez-vous des revenus fonciers importants par ailleurs ? Votre conjoint travaille-t-il dans la société ? Ce sont des éléments qui influencent directement l’intérêt comparé des deux régimes et que seule une analyse globale de votre situation permet de prendre en compte correctement.

Beaucoup d’entrepreneurs qui ont pris le temps de faire ce calcul avec l’accompagnement d’un professionnel ont exprimé leur soulagement une fois la décision prise. Non pas parce que c’était simple, mais parce qu’ils savaient pourquoi ils avaient choisi ce régime, et ce qu’il leur apportait concrètement.

Ce choix se fait une fois. Autant le faire bien, avant de créer la société, pas après.

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