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Quels sont les éléments essentiels d’un contrat valable en droit des affaires aux Émirats Arabes Unis ?

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Dans le monde des affaires aux Émirats arabes unis, les contrats constituent le fondement de toutes les transactions commerciales. Qu’il s’agisse d’un accord de fourniture, d’un contrat de prestation de services, d’un partenariat ou d’un accord d’investissement, comprendre les éléments essentiels qui rendent un contrat juridiquement valable s’avère crucial pour protéger vos intérêts.

Un contrat apparemment bien rédigé peut être invalidé si l’un des éléments essentiels fait défaut. Cette connaissance vous permettra d’éviter les mauvaises surprises et de sécuriser vos relations commerciales.

Le cadre juridique aux Émirats arabes unis

Le droit des contrats aux Émirats arabes unis est principalement régi par le Code civil émirati (Loi fédérale n° 5 de 1985), avec des dispositions spécifiques pour certains types de contrats commerciaux.

L’article 125 du Code civil définit le contrat comme « la rencontre d’une offre faite par une partie avec l’acceptation de l’autre, qui établit une obligation pour chacune d’elles de faire ou de s’abstenir de faire quelque chose. »

Cette définition légale introduit déjà plusieurs des éléments essentiels que nous allons détailler.

Les cinq éléments essentiels d’un contrat valable

Pour qu’un contrat soit juridiquement valable et exécutoire aux Émirats arabes unis, il doit réunir cinq conditions essentielles : le consentement des parties, la capacité juridique, l’objet du contrat, la cause licite, et le respect des formalités légales éventuelles.

Le consentement des parties

L’offre et l’acceptation

Le consentement résulte de la rencontre d’une offre (proposition) et d’une acceptation. L’offre doit être précise, ferme et complète. L’acceptation doit être pure et simple, c’est-à-dire conforme en tous points à l’offre.

Exemple : Une entreprise de construction propose de réaliser des travaux pour 500 000 AED dans un délai de 6 mois. Si le client accepte ces conditions exactes, le consentement est établi. Si le client répond « d’accord, mais pour 450 000 AED », il s’agit d’une contre-offre, pas d’une acceptation.

Le consentement libre et éclairé

Le consentement doit être donné librement, sans vice. Les vices du consentement reconnus par le droit émirati sont :

L’erreur : Une partie s’est trompée sur un élément essentiel du contrat. Par exemple, un acheteur pensait acheter un équipement neuf alors qu’il était d’occasion.

Le dol (fraude) : Une partie a délibérément trompé l’autre par des manœuvres frauduleuses. Par exemple, falsifier des documents financiers pour obtenir un prêt.

La violence (contrainte) : Une partie a été forcée de contracter sous la menace. Cette contrainte peut être physique ou morale.

L’exploitation (lésion) : Une partie a profité de la faiblesse, de l’ignorance ou de la détresse de l’autre pour obtenir des conditions manifestement déséquilibrées.

La présence de l’un de ces vices peut entraîner l’annulation du contrat à la demande de la partie lésée.

La forme du consentement

Le consentement peut être exprès (écrit ou oral) ou tacite (déduit du comportement des parties). Toutefois, pour des raisons de preuve et de sécurité juridique, l’écrit reste fortement recommandé, voire obligatoire pour certains contrats.

Important aux Émirats : Pour être opposable devant les tribunaux émiratis du mainland, un contrat commercial doit généralement être traduit en arabe. Les zones franches (DIFC, ADGM) acceptent les contrats en anglais.

La capacité juridique des parties

La capacité des personnes physiques

Pour contracter valablement, une personne physique doit avoir la capacité juridique, c’est-à-dire être majeure (21 ans aux Émirats arabes unis) et jouir de ses facultés mentales.

Les mineurs et les personnes frappées d’incapacité (tutelle, curatelle) ne peuvent pas valablement conclure de contrats, sauf par l’intermédiaire de leur représentant légal.

La capacité des personnes morales

Les sociétés et autres entités juridiques doivent être valablement constituées et enregistrées pour pouvoir contracter.

Points de vérification essentiels :

  • La société est-elle enregistrée auprès du Department of Economic Development (DED) ou de l’autorité de la zone franche ?
  • La licence commerciale (trade license) est-elle valide et couvre-t-elle l’activité prévue au contrat ?
  • La personne signant dispose-t-elle d’un pouvoir de représentation (manager, directeur général) ?
  • Pour les contrats importants, une résolution du conseil d’administration est-elle nécessaire ?

Exemple de risque : Une société signe un contrat par l’intermédiaire d’un employé non habilité. Le contrat pourrait être considéré comme invalide, et la société pourrait refuser de l’exécuter.

Vérification de la capacité

Avant de conclure un contrat important, il est prudent de vérifier :

  • La copie de la licence commerciale du cocontractant
  • L’extrait du registre du commerce
  • Les statuts de la société
  • Les pouvoirs de la personne signataire (procuration, résolution)

L’objet du contrat

Définition

L’objet du contrat désigne la prestation que chaque partie s’engage à fournir : livraison de marchandises, prestation de services, transfert de propriété, paiement d’une somme d’argent.

Caractéristiques de l’objet valable

L’objet doit réunir trois caractéristiques pour être valable :

Possible : L’objet ne doit pas être impossible à réaliser. Par exemple, un contrat pour livrer une marchandise qui n’existe pas ou qui a déjà été détruite est invalide.

Déterminé ou déterminable : L’objet doit être précisément défini ou pouvoir l’être selon des critères objectifs.

Exemple valable : « Livraison de 1 000 unités du modèle X, référence ABC-123, conformes aux spécifications techniques annexées. »

Exemple invalide : « Livraison de marchandises » (trop vague, quel type ? quelle quantité ?).

Licite : L’objet doit être conforme à la loi et aux bonnes mœurs. Un contrat portant sur des biens ou services illégaux est nul et non avenu.

Exemples d’objets illicites aux Émirats :

  • Commerce de boissons alcoolisées sans licence appropriée
  • Activités contraires aux principes de la charia
  • Services de jeux d’argent (sauf casinos autorisés dans certaines zones)
  • Trafic de substances interdites

Précision de l’objet dans les contrats commerciaux

Dans les contrats d’affaires, l’objet doit être décrit avec la plus grande précision possible :

  • Contrat de vente : Description détaillée des biens, quantité, qualité, spécifications techniques
  • Contrat de service : Nature exacte des prestations, durée, livrables attendus
  • Contrat de partenariat : Contributions de chaque partie, répartition des bénéfices, gouvernance

Plus l’objet est précis, moins il y aura de risques de contestation ultérieure.

La cause licite

Définition de la cause

La cause désigne la raison, le motif pour lequel chaque partie contracte. C’est le « pourquoi » du contrat, distinct de l’objet qui est le « quoi ».

Dans un contrat de vente, la cause pour l’acheteur est d’obtenir le bien, et pour le vendeur c’est d’obtenir le prix. Dans un contrat de prêt, la cause pour le prêteur est de recevoir les intérêts (dans les limites autorisées), et pour l’emprunteur c’est d’obtenir les fonds.

Caractéristiques de la cause valable

La cause doit être :

Réelle : La cause ne doit pas être fictive. Un contrat simulé ou un prête-nom peut être annulé pour absence de cause réelle.

Licite : La cause ne doit pas être contraire à la loi, à l’ordre public ou aux bonnes mœurs. Un contrat dont la cause est illicite est nul, même si l’objet lui-même est licite.

Exemple : Un contrat de location d’un local commercial est valable en soi. Mais si ce local est loué dans le but d’y exercer une activité illégale (par exemple, un commerce sans licence), la cause étant illicite, le contrat peut être annulé.

Morale : Conforme aux principes moraux et aux valeurs de la société émiratie, incluant le respect des principes islamiques.

La cause et la charia

Aux Émirats arabes unis, les principes de la charia islamique constituent un filtre supplémentaire pour apprécier la licéité de la cause. Certaines causes considérées comme licites dans d’autres juridictions peuvent être jugées illicites si elles contreviennent aux principes fondamentaux de la charia.

Exemples :

  • Un prêt à intérêt excessif (usure/riba) peut être considéré comme contraire à la charia
  • Un contrat dont la cause implique une incertitude excessive (gharar) peut être invalidé
  • Un contrat de spéculation pure sans échange de biens réels peut poser problème

Le respect des formalités légales (le cas échéant)

Le principe du consensualisme

En principe, le droit émirati reconnaît le consensualisme : un contrat est valable dès qu’il y a accord de volontés, même sans écrit. Le simple échange de consentements suffit à former le contrat.

Toutefois, ce principe connaît des exceptions importantes.

Les contrats solennels

Certains contrats doivent respecter des formalités particulières pour être valables :

Les contrats immobiliers : Toute vente, donation ou hypothèque portant sur un bien immobilier doit être constatée par acte authentique devant le Dubai Land Department ou l’autorité équivalente. Un simple accord privé, même écrit, ne suffit pas.

Les contrats de société : La constitution d’une société nécessite un enregistrement auprès du registre du commerce et l’obtention d’une licence commerciale.

Les contrats d’agence commerciale : Doivent être enregistrés auprès du registre des agents commerciaux pour produire tous leurs effets.

Les contrats de mariage : Doivent être conclus devant une autorité religieuse ou un tribunal.

L’écrit pour la preuve

Même lorsque l’écrit n’est pas obligatoire pour la validité du contrat, il l’est généralement pour la preuve devant les tribunaux.

Selon le Code de procédure civile émirati, pour les contrats portant sur un montant supérieur à 5 000 AED, une preuve écrite est généralement requise. Les contrats oraux au-delà de ce seuil sont difficiles à prouver.

Recommandation pratique : Même pour les petites transactions, rédigez toujours un contrat écrit signé par les parties. Cet écrit constitue la meilleure preuve de l’accord et de ses conditions.

Les contrats électroniques

La loi émiratie sur les transactions électroniques reconnaît la validité des contrats conclus par voie électronique. Les signatures électroniques certifiées ont la même valeur probante que les signatures manuscrites.

Les clauses essentielles dans un contrat commercial

Au-delà des cinq éléments de validité, un contrat commercial complet devrait inclure plusieurs clauses essentielles :

Les parties : Identification complète (nom, adresse, numéro d’enregistrement commercial)

L’objet : Description précise des prestations

Le prix et les modalités de paiement : Montant, échéances, mode de paiement

La durée : Date de début, durée, conditions de renouvellement

Les garanties : Garanties de bonne exécution, de qualité, de conformité

La responsabilité : Clauses de limitation ou d’exclusion de responsabilité

La résiliation : Conditions de résiliation anticipée

La résolution des litiges : Loi applicable, juridiction compétente ou arbitrage

La force majeure : Définition des événements exonératoires

La confidentialité : Obligations de confidentialité des informations échangées

Les conséquences d’un vice affectant le contrat

La nullité

Un contrat affecté d’un vice touchant à un élément essentiel peut être frappé de nullité. On distingue :

La nullité absolue : Lorsque le vice touche à l’ordre public (objet illicite, cause illicite). Le contrat est réputé n’avoir jamais existé. Toute personne intéressée peut invoquer la nullité.

La nullité relative : Lorsque le vice touche à la protection d’une partie (vice du consentement, incapacité). Seule la partie protégée peut demander l’annulation. Le contrat peut être confirmé par la partie lésée.

L’inopposabilité

Un contrat non respectueux des formalités requises peut être valable entre les parties mais inopposable aux tiers ou aux autorités. Par exemple, un contrat d’agence non enregistré peut lier les parties entre elles mais ne sera pas opposable aux tiers.

Les spécificités des zones franches

Les entreprises établies dans les zones franches des Émirats (DIFC, ADGM, DMCC, etc.) peuvent être soumises à des règles différentes :

DIFC et ADGM : Ces juridictions de common law ont leurs propres lois sur les contrats, inspirées du droit anglais. Les principes peuvent différer du droit civil émirati.

Choix de la loi applicable : Les parties peuvent souvent choisir la loi applicable à leur contrat (droit DIFC, droit ADGM, droit émirati, droit étranger).

Juridictions : Les DIFC Courts et ADGM Courts traitent les litiges relatifs aux contrats conclus sous leurs juridictions.

La validité d’un contrat commercial aux Émirats arabes unis repose sur cinq piliers fondamentaux : le consentement libre et éclairé des parties, leur capacité juridique, un objet possible, déterminé et licite, une cause réelle et licite, et le respect des formalités légales éventuellement requises.

La défaillance de l’un de ces éléments peut entraîner l’invalidité totale ou partielle du contrat, avec des conséquences financières et juridiques potentiellement lourdes. Une attention particulière doit être portée à chacun de ces éléments lors de la négociation et de la rédaction de vos contrats commerciaux.

Face à la complexité du droit des contrats et aux spécificités du système juridique émirati, le recours à un avocat expert en droit des affaires s’avère indispensable pour sécuriser vos transactions, rédiger des contrats conformes et protéger efficacement vos intérêts commerciaux.

Nos avocats en droit des affaires et droit des contrats se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nous proposons des entretiens en présentiel ou en visioconférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur https://www.agn-avocats.fr/.

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