Vous êtes en pleine procédure de divorce et les discussions financières deviennent tendues ? Vous entendez parler de « pension » et de « prestation » sans vraiment saisir la nuance ? Vous avez peur de payer deux fois la même chose ou, à l’inverse, de ne pas réclamer tout ce qui vous est dû ? La confusion est fréquente chez les justiciables. Pourtant, ces deux mécanismes juridiques n’ont strictement rien à voir : ni le même but, ni le même bénéficiaire, ni la même fiscalité. Une erreur de qualification ou une mauvaise évaluation de vos besoins peut avoir des conséquences financières désastreuses sur les dix ou vingt prochaines années. Quel est le rôle exact de chacun de ces versements ? Comment sont-ils calculés par le Juge aux Affaires Familiales ? Quelles sont les astuces fiscales à connaître ? Nous décryptons pour vous ces deux piliers des finances du divorce pour que vous puissiez défendre vos intérêts avec clarté.
Qui est le bénéficiaire ?
C’est la première distinction à opérer pour ne pas perdre de temps lors des audiences. Pour qui versez-vous cet argent ?
La Pension Alimentaire
Pour les enfants (et parfois l’époux provisoirement). C’est une obligation qui découle de la filiation. Tout parent doit contribuer à l’entretien et à l’éducation de ses enfants (nourriture, logement, vêtements, frais scolaires).
Quand s’arrête-t-elle ? Contrairement à une idée reçue, elle ne s’arrête pas à la majorité (18 ans). Elle est due jusqu’à ce que l’enfant soit autonome financièrement (fin des études, premier emploi stable).
Le cas particulier du devoir de secours : Pendant la procédure de divorce (qui peut durer des mois), tant que le divorce n’est pas prononcé, les époux se doivent secours. Une pension alimentaire peut donc être versée à l’époux le moins fortuné pendant l’instance. Mais attention, cette pension « entre époux » disparaît dès que le divorce est définitif, laissant place (ou non) à la prestation compensatoire.
La Prestation Compensatoire
Elle ne concerne que les couples mariés (ni PACS, ni concubinage). Son objectif est indemnitaire. Elle vise à effacer le déséquilibre de niveau de vie que la rupture du mariage crée.
Exemple : Madame a mis sa carrière entre parenthèses pendant 15 ans pour suivre Monsieur à l’étranger et élever les enfants. Au moment du divorce, Monsieur a une carrière florissante et Madame se retrouve sans retraite et sans emploi. La prestation compensatoire vient « compenser » ce sacrifice.
Comment les montants sont-ils calculés ?
Le Juge aux Affaires Familiales fixe la prestation compensatoire selon des critères précis qu’il faut maîtriser.
Pour la Pension Alimentaire
Le calcul est assez mathématique. Le ministère de la Justice publie une table de référence indicative. Le calcul prend en compte deux facteurs principaux :
- Les revenus du parent débiteur (celui qui paie).
- L’amplitude du droit de visite et d’hébergement (garde classique, réduite ou alternée).
Attention : Ce barème n’est qu’indicatif. Votre avocat peut demander de s’en écarter si l’enfant a des besoins spécifiques (frais de scolarité en école privée, frais médicaux non remboursés, activités sportives de haut niveau).
Pour la Prestation Compensatoire
C’est beaucoup plus complexe et c’est souvent un point de friction majeur. Le Code civil (article 271) liste des critères que le juge doit observer :
- La durée du mariage (l’âge et l’état de santé des époux, leur qualification et leur situation professionnelle, et les conséquences des choix professionnels faits pendant la vie commune pour l’éducation des enfants
- Le patrimoine estimé ou prévisible de chacun (y compris les droits à la retraite) ;
Sur la base de ces critères, les avocats proposeront un chiffrage qui sera discuté entre les parties et devant le Juge en cas de divorce contentieux
Fiscalité
L’impact sur vos impôts est majeur et beaucoup le découvrent l’année suivant le divorce. La fiscalité doit guider votre stratégie de négociation.
Le régime de la Pension Alimentaire
Pour celui qui verse : La pension est déductible de votre revenu global. Cela fait baisser votre impôt sur le revenu.
Pour celui qui reçoit : La pension est imposable. Elle doit être déclarée comme un revenu, ce qui peut vous faire changer de tranche d’imposition ou vous faire perdre certaines aides sociales.
Le régime de la Prestation Compensatoire
Tout dépend du versement. Il existe deux façons de payer cette prestation, et elles n’ont pas le même impact fiscal :
Versement en capital (en une fois ou sur moins de 12 mois) : C’est la voie de principe qui est la plus avantageuse fiscalement. Celui qui paie bénéficie d’une réduction d’impôt de 25% du montant versé (dans la limite d’un plafond de 30 500 €). Celui qui reçoit ne paie aucun impôt dessus.
Versement en rente (ou capital échelonné sur plus de 12 mois) : Si vous n’avez pas les fonds pour payer tout de suite, vous pouvez étaler. Mais fiscalement, cela devient comme une pension alimentaire (déductible pour l’un, imposable pour l’autre).
Conseil : Il est souvent préférable de négocier un montant légèrement inférieur mais payé « net » en capital, plutôt qu’un gros montant imposable sur la durée.
Les pièges à éviter et les idées reçues
« Je suis au chômage, je ne paie plus rien » : FAUX. La pension alimentaire est due tant qu’un jugement ne l’a pas supprimée. Si vous arrêtez de payer unilatéralement, vous commettez un délit d’abandon de famille (passible de prison et d’amende). Vous devez saisir le Juge pour faire constater votre baisse de revenus.
« Elle m’a trompé, je ne lui dois pas de prestation compensatoire » : FAUX. Depuis la réforme du divorce, la faute (l’adultère) est déconnectée des finances. On peut avoir tous les torts du divorce et toucher quand même une prestation compensatoire si la disparité économique existe. Seule exception très rare : si le comportement de l’époux est d’une gravité exceptionnelle (violence grave).
« On s’arrange entre nous sans le juge » : DANGER. Les accords verbaux sont très risqués. En l’absence de jugement officiel, la règle est stricte : « les aliments ne s’arréragent pas ». Cela signifie que si l’autre parent cesse de payer votre accord amiable, vous ne pourrez pas réclamer les sommes du passé devant le Juge. La pension ne sera due qu’à compter du jour de votre demande en justice. Vous aurez définitivement perdu les mois précédents.
Et si l’autre ne paie pas ?
C’est la hantise des parents créanciers. Heureusement, il existe des solutions efficaces, distinctes selon la nature de la dette.
Pour la Pension Alimentaire
Depuis peu, l’intermédiation financière est devenue systématique. C’est la CAF (via l’agence ARIPA) qui prélève la pension sur le compte du payeur et la reverse au bénéficiaire.
- Cela évite les conflits et le contact direct avec un ex-conjoint difficile.
- En cas d’impayé, la CAF engage elle-même les procédures de recouvrement (saisie sur salaire, saisie bancaire).
Pour la Prestation Compensatoire
Si votre ex-époux(se) refuse de payer le capital ou la rente de la prestation compensatoire, vous disposez de moyens de contrainte.
Muni de votre jugement, vous pouvez mandater un Commissaire de Justice pour engager une exécution forcée :
- Saisie classique : Saisie sur comptes bancaires, saisie sur salaires.
- Saisie des biens : L’huissier peut procéder à la saisie-vente des biens mobiliers (voitures, meubles).
- Hypothèque : Il est même possible de prendre une hypothèque judiciaire sur un bien immobilier de votre ex-conjoint, voire de provoquer la vente forcée de son bien immobilier pour vous payer.
Nos avocats experts en droit de la famille, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nos entretiens peuvent se tenir en présentiel ou en visio-conférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur www.agn-avocats.fr.
AGN AVOCATS – Pôle famille
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