L’introduction de l’impôt sur les sociétés aux Émirats arabes unis, applicable aux exercices financiers commençant à partir du 1er juin 2023, a marqué un tournant majeur dans l’environnement fiscal de cette juridiction, historiquement connue pour l’absence d’imposition des bénéfices des entreprises. Cette réforme fiscale, instaurée par le Federal Decree-Law No. 47 of 2022, s’inscrit dans une démarche de diversification économique et de conformité aux standards internationaux en matière de transparence fiscale.
Contrairement à une perception largement répandue, le nouveau régime n’applique pas un traitement fiscal uniforme à toutes les sociétés émiraties. Une distinction fondamentale existe entre les sociétés établies sur le territoire mainland et celles opérant dans les free zones. Cette différenciation reflète les objectifs de politique économique des autorités émiraties, qui visent à préserver l’attractivité des free zones tout en élargissant l’assiette fiscale du pays.
Comprendre les nuances du régime d’impôt sur les sociétés, les conditions d’éligibilité au taux préférentiel de zéro pour cent applicable aux free zones, les risques liés à l’établissement stable et les implications de la résidence fiscale constitue une exigence essentielle pour toute société opérant ou envisageant de s’établir aux Émirats arabes unis.
Explication du taux d’imposition de 9 % en mainland
Le régime fiscal applicable aux sociétés mainland constitue le socle du nouveau système d’impôt sur les sociétés aux Émirats arabes unis. Ce régime s’applique par défaut à toutes les sociétés enregistrées sur le territoire mainland des émirats, sauf exemptions spécifiques.
Structure du taux d’imposition et calcul
Le système introduit un taux d’imposition de neuf pour cent sur les bénéfices imposables des sociétés mainland, avec un seuil d’exonération significatif. Les premiers trois cent soixante-quinze mille dirhams émiratis de bénéfice imposable restent non taxés, bénéficiant ainsi effectivement d’un taux de zéro pour cent. Ce seuil représente environ cent mille dollars américains et vise à soutenir les petites et moyennes entreprises en phase de développement.
Au-delà de ce montant, les bénéfices sont taxés au taux standard de neuf pour cent. Cette structure à deux niveaux signifie qu’une société générant un bénéfice annuel de cinq cent mille dirhams ne paiera de l’impôt que sur cent vingt-cinq mille dirhams, ce qui représente une charge fiscale effective d’environ onze mille deux cent cinquante dirhams.
L’assiette imposable correspond au bénéfice comptable net ajusté conformément aux règles fiscales spécifiques établies par la législation. Les principes comptables internationalement reconnus, notamment les International Financial Reporting Standards (IFRS), servent de point de départ pour déterminer le résultat comptable. Plusieurs ajustements fiscaux doivent ensuite être appliqués, notamment la limitation de certaines déductions d’intérêts, le traitement fiscal spécifique des amortissements, et l’exclusion de certaines amendes et pénalités.
Déductions et report des pertes
Les dépenses engagées exclusivement et nécessairement dans le cadre de l’activité commerciale sont généralement déductibles. Cette catégorie comprend les coûts opérationnels ordinaires tels que les salaires et charges sociales, les loyers des locaux commerciaux, les dépenses de marketing et de publicité, les honoraires professionnels et de conseil, ainsi que les amortissements calculés selon les règles fiscales.
Le régime fiscal permet aux sociétés de reporter leurs pertes fiscales sur les exercices futurs, offrant ainsi une flexibilité dans la gestion de la charge fiscale dans le temps. Les pertes constatées au cours d’un exercice peuvent être déduites des bénéfices des exercices ultérieurs, réduisant ainsi l’assiette imposable future. Cette possibilité est particulièrement importante pour les sociétés en phase de démarrage ou de développement.
Toutes les sociétés mainland soumises à l’impôt doivent s’enregistrer auprès de la Federal Tax Authority et déposer des déclarations fiscales annuelles dans les neuf mois suivant la clôture de l’exercice fiscal de la société, même lorsque leurs bénéfices restent inférieurs au seuil d’imposition ou lorsqu’elles enregistrent des pertes.
Régime de l’impôt sur les sociétés à 0 % en free zone
Le régime fiscal applicable aux entités de free zone diffère substantiellement de celui des sociétés mainland, en offrant la possibilité de bénéficier d’un taux d’imposition de zéro pour cent sous réserve du respect de conditions strictes. Cette différenciation vise à préserver l’attractivité des free zones tout en veillant à ce que les avantages fiscaux ne soient accordés qu’aux sociétés exerçant de véritables activités économiques.
Critères de Qualifying Free Zone Person
Le statut de Qualifying Free Zone Person (QFZP) constitue le mécanisme central du régime préférentiel. Pour obtenir et conserver ce statut, une entité doit remplir plusieurs conditions cumulatives. Premièrement, elle doit être enregistrée et opérer effectivement depuis une free zone reconnue. Deuxièmement, elle doit maintenir une substance économique adéquate dans la free zone, comprenant des locaux physiques appropriés, du personnel qualifié et des actifs pertinents pour son activité.
Troisièmement, l’entité doit percevoir des Qualifying Income au sens du Cabinet Decision No. 55 of 2023. Bien qu’un volume limité de revenus non qualifiants soit autorisé dans le cadre du seuil de minimis applicable (5 % du chiffre d’affaires total ou 5 millions AED, selon le montant le plus faible), le dépassement de ce seuil peut entraîner la perte du statut de Qualifying Free Zone Person. Les revenus qualifiants incluent notamment les transactions avec d’autres entités de free zone, les exportations de biens vers l’étranger, les exportations de services à des clients situés hors des Émirats ou dans d’autres free zones, ainsi que certains revenus de propriété intellectuelle développés ou exploités dans la free zone.
Quatrièmement, l’entité doit tenir une comptabilité adéquate et une documentation permettant d’identifier clairement les revenus qualifiants et non qualifiants, ainsi que disposer d’états financiers audités comme l’exige le régime de l’impôt sur les sociétés.
Revenus qualifiants et exclusions
La distinction géographique revêt une importance déterminante. Les ventes ou prestations de services à des clients situés sur le mainland des Émirats arabes unis ne constituent généralement pas des revenus qualifiants et sont taxées au taux standard de neuf pour cent. Cette règle vise à éviter que les sociétés de free zone ne concurrencent injustement les sociétés mainland grâce à un avantage fiscal indu.
Certaines catégories d’activités sont expressément exclues du régime préférentiel, indépendamment de la structure de la société. Ces exclusions comprennent notamment les opérations immobilières portant sur des biens situés sur le mainland lorsqu’elles concernent des personnes physiques, certaines opérations bancaires avec des particuliers résidents des Émirats, ainsi que d’autres activités spécifiquement énumérées dans la réglementation.
La réglementation reconnaît qu’une limitation stricte aux seules activités qualifiantes serait excessivement rigide. Un seuil de minimis permet aux sociétés de free zone de générer une proportion limitée de revenus non qualifiants sans perdre entièrement leur statut de QFZP. Toutefois, si les revenus non qualifiants dépassent ce seuil, l’ensemble des revenus peut devenir imposable au taux standard.
Le non-respect de l’obligation d’audit peut entraîner la perte du statut de QFZP pour la période fiscale concernée, avec application du taux standard de 9 % au revenu imposable de cette période et des conséquences financières potentiellement lourdes. L’absence de documentation adéquate prouvant le respect des critères QFZP peut également conduire à une remise en cause du statut préférentiel lors de contrôles fiscaux.
Risques liés à l’établissement stable
La notion d’établissement stable constitue un concept fiscal fondamental qui détermine le droit d’un État d’imposer les bénéfices d’une société étrangère. Pour les sociétés opérant depuis les free zones émiraties, la gestion du risque d’établissement stable est essentielle pour préserver les avantages du régime préférentiel.
Définition et principales situations à risque
Un établissement stable est généralement défini comme une installation fixe d’affaires par l’intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité. Cette définition large peut englober des bureaux, succursales, usines, ateliers, chantiers de construction d’une durée suffisante, ou encore la présence d’agents dépendants agissant pour le compte de la société.
Dans le contexte émirati, une entité de free zone risque de créer un établissement stable sur le mainland si elle y maintient des installations fixes, si elle y emploie du personnel exerçant des activités commerciales substantielles, ou si elle confie à des agents dépendants des fonctions allant au-delà de simples activités auxiliaires ou préparatoires.
Les sociétés de free zone qui souhaitent exercer des activités substantielles sur le mainland doivent évaluer avec attention si leur structure opérationnelle pourrait constituer un établissement stable au sens de la Corporate Tax Law, ce qui pourrait générer un revenu taxable sur le mainland. Plusieurs situations peuvent créer ce risque : maintien d’un bureau de représentation ou d’un point de vente permanent sur le mainland, présence de personnel mainland exerçant des fonctions commerciales essentielles, conclusion habituelle de contrats sur le mainland par des personnes disposant d’un pouvoir de représentation, ou détention de stocks importants sur le mainland afin de servir directement des clients locaux.
Conséquences fiscales et prévention
L’existence d’un établissement stable sur le mainland emporte des conséquences fiscales significatives. Les bénéfices attribuables à cet établissement stable deviennent imposables au taux mainland de neuf pour cent, indépendamment du statut QFZP de l’entité mère de free zone. Cette attribution des bénéfices s’effectue selon le principe de pleine concurrence, comme si l’établissement stable fonctionnait comme une entité distincte et indépendante.
Les sociétés de free zone peuvent adopter plusieurs stratégies pour limiter le risque d’établissement stable. Le recours à des distributeurs indépendants sur le mainland constitue l’approche classique, dans laquelle l’entité de free zone vend à un distributeur autonome qui revend ensuite aux clients finaux. Cette structure interpose une entité distincte entre la société de free zone et le marché mainland, supprimant ainsi le risque d’établissement stable.
Une structuration prudente des activités de marketing et de support client peut également réduire les risques. Des fonctions purement auxiliaires telles que la publicité, la collecte d’informations sur le marché ou un support technique de base peuvent généralement être exercées sur le mainland sans créer d’établissement stable, à condition qu’elles demeurent réellement auxiliaires et que les décisions commerciales substantielles ainsi que la conclusion des contrats aient lieu depuis la free zone.
Résidence fiscale des entreprises
La résidence fiscale constitue le critère déterminant pour l’assujettissement à l’impôt sur les sociétés aux Émirats arabes unis. Comprendre les règles de résidence fiscale et leurs implications permet aux entreprises de structurer au mieux leurs opérations tout en évitant des situations de double imposition ou de non-imposition involontaire.
Critères de résidence et détermination
Une société est considérée comme résidente fiscale des Émirats arabes unis si elle est constituée ou créée dans le pays, ou si elle est effectivement dirigée et contrôlée depuis les Émirats. Ce double critère signifie que même des entités constituées à l’étranger peuvent devenir résidentes fiscales émiraties si leur direction effective est exercée depuis le territoire.
Le test de direction et de contrôle effectifs examine le lieu où les décisions stratégiques essentielles de la société sont prises. Les facteurs pertinents comprennent le lieu de réunion du conseil d’administration, le lieu de résidence des principaux dirigeants, l’endroit où les décisions commerciales importantes sont prises et le lieu de direction opérationnelle quotidienne.
Les sociétés constituées dans les free zones émiraties sont généralement considérées comme résidentes fiscales des Émirats arabes unis, indépendamment de leur statut QFZP. Cette résidence signifie qu’elles sont soumises au régime fiscal émirati, même si elles peuvent bénéficier du taux de zéro pour cent si elles satisfont aux conditions du statut QFZP. La résidence fiscale émiratie permet aux entités de bénéficier du réseau de conventions fiscales des Émirats arabes unis, ce qui peut réduire les retenues à la source sur les dividendes, intérêts et redevances reçus de juridictions étrangères.
Certificats de résidence fiscale et implications en matière de planification
L’obtention d’un certificat de résidence fiscale auprès de la Federal Tax Authority permet aux sociétés émiraties de prouver leur statut de résidente fiscale et de bénéficier des avantages conventionnels. Ce certificat constitue un document essentiel dans les transactions internationales, démontrant aux administrations fiscales étrangères et aux contreparties commerciales que la société est effectivement résidente des Émirats et éligible aux bénéfices conventionnels.
La procédure exige la remise de pièces justificatives démontrant la résidence, notamment le certificat de constitution, la preuve de l’adresse du siège social, des informations sur les administrateurs et actionnaires, et parfois la preuve d’une activité commerciale réelle aux Émirats.
La résidence fiscale joue un rôle central dans la planification fiscale internationale. Les Émirats arabes unis, avec leur régime fiscal compétitif pour les QFZP et leur réseau conventionnel couvrant plus de cent trente juridictions, constituent une option attractive pour les structures de holding et les sièges régionaux. Toutefois, la planification fiscale doit respecter les exigences de substance adéquate intégrées dans le cadre de la Corporate Tax et dans les conditions applicables aux QFZP.
Les sociétés établies aux Émirats doivent maintenir une substance suffisante, incluant des bureaux, du personnel qualifié et des preuves de prise de décision locale, afin de légitimer leur résidence fiscale et d’éviter toute contestation par d’autres juridictions. Les administrations fiscales internationales examinent de plus en plus les structures de holding afin de s’assurer qu’elles exercent une activité économique substantielle et ne servent pas uniquement de véhicules de transit de paiements.
Le régime d’impôt sur les sociétés introduit aux Émirats arabes unis en 2023 établit ainsi une distinction fondamentale entre les entités mainland soumises au taux de neuf pour cent et les entités de free zone susceptibles de bénéficier du taux de zéro pour cent sous conditions strictes. Cette différenciation reflète une politique économique visant à maintenir l’attractivité des free zones tout en élargissant l’assiette fiscale nationale.
Le taux mainland de neuf pour cent s’applique aux bénéfices dépassant le seuil d’exonération de trois cent soixante-quinze mille dirhams, avec la possibilité de reporter les pertes fiscales. Les entités de free zone doivent satisfaire aux critères stricts de Qualifying Free Zone Person afin de conserver le régime préférentiel, notamment en maintenant une substance économique réelle, en tirant leurs revenus d’activités qualifiantes et en faisant auditer leurs comptes.
Les risques d’établissement stable sur le mainland constituent un enjeu majeur pour les sociétés de free zone souhaitant desservir le marché local. Une structuration attentive et une documentation rigoureuse sont indispensables pour préserver les avantages fiscaux. La résidence fiscale détermine l’assujettissement à l’impôt émirati et l’accès aux conventions fiscales internationales, ce qui exige une attention particulière dans la structuration des groupes internationaux.
La complexité du nouveau régime fiscal impose aux entreprises une compréhension approfondie des règles applicables ainsi qu’une conformité proactive. Un accompagnement juridique et fiscal spécialisé permet d’optimiser la structure de l’entreprise tout en sécurisant sa conformité réglementaire dans ce paysage fiscal en évolution.
Nos avocats en droit fiscal se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nous proposons des entretiens en présentiel ou en visioconférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur https://www.agn-avocats.fr/.
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