Vos parents ou beaux-parents ont soudain « disparu » de la vie de votre enfant après une séparation ou un conflit familial ? Ou, à l’inverse, vous cherchez à limiter les contacts entre vos enfants et une branche familiale « toxique » ?
Le droit est clair : l’enfant a le droit d’entretenir des relations avec ses ascendants, mais ce droit n’est pas sans limite. Le Juge aux affaires familiales (JAF) peut fixer un droit de visite des grands-parents… ou le refuser complètement. Voici comment.
Ce que la loi dit (et ne dit pas)
L’article 371‑4 du Code civil pose le principe : « L’enfant a le droit d’entretenir des relations personnelles avec ses ascendants. ».
Important : ce n’est pas un droit des grands-parents. C’est un droit de l’enfant envers ses ascendants.
Mais ce droit a des limites. Il connaît des restrictions dès que :
- La relation crée un danger pour l’enfant (violences, mise en danger matérielle, toxicité psychologique) ;
- Les grands-parents instrumentalisent l’enfant contre ses parents ;
- Il n’existe aucun lien réel antérieur et les grands-parents « surgissent » dans un contexte conflictuel ;
- La relation intensifie un conflit parental déjà très lourd.
En cas de désaccord, c’est le JAF qui arbitre : il peut accorder un droit de visite simple, un droit de visite et d’hébergement, un droit médiatisé, ou refuser tout droit.
Quand les grands-parents peuvent (et doivent) saisir le JAF
Les grands-parents peuvent saisir le JAF dès qu’un parent leur coupe tout contact avec l’enfant, ou le réduit drastiquement.
Les situations les plus fréquentes :
- Divorce ou séparation très conflictuel : le parent qui a la garde « punit » l’autre en empêchant ses enfants de voir la famille de l’autre parent.
- Conflit intra-familial : dispute durable entre un parent et ses propres parents (vos propres parents à vous), recomposition familiale, rupture ancienne.
- Décès d’un parent : le parent survivant rompt le lien avec la famille du décédé.
- Parents qui vivent ensemble : même lorsque les parents n’ont pas divorcé, ils peuvent interdire aux enfants toute visite aux grands-parents. Les grands-parents peuvent quand même saisir le JAF.
La clé : documenter l’existence d’une relation antérieure. Pas de lien = pas de dossier solide.
Comment le JAF apprécie-t-il vraiment ?
Le juge ne raisonne jamais « par principe » (« les enfants doivent voir leurs grands-parents »). Il regarde concrètement si le lien sert l’intérêt de l’enfant.
Parmi ses critères favoris :
- La qualité de la relation passée : liens affectifs réels (pas juste des visites obligatoires), régularité des contacts avant le conflit, implication dans la vie de l’enfant (garde, activités, soutien financier, présence aux événements importants).
- L’âge et la volonté de l’enfant : les enfants plus âgés sont écoutés, surtout s’ils demandent à voir (ou ne pas voir) leurs grands-parents.
- Le contexte du conflit parental : intensité des tensions, risque que l’enfant soit « pris en otage » ou dénigré, capacité des grands-parents à rester neutres.
- Les conditions d’accueil : logement adapté, santé des grands-parents, disponibilité, environnement sécurisant.
Le juge peut ordonner une enquête sociale, analyser des attestations témoins, même solliciter une expertise psychologique.
Quand le droit de visite peut-il être refusé ?
Contrairement à l’idée reçue, les droits des grands-parents ne sont pas sacralisés. Ils peuvent être très limités ou totalement refusés en présence de « motifs graves ».
Parmi les motifs régulièrement retenus :
- Danger objectif : antécédents de violences, addictions graves (alcool, drogues), comportements inappropriés (dénigrement systématique d’un parent, atteintes à l’intégrité physique ou morale), environnement insalubre.
- Conflit familial extrême : quand les contacts alimenteraient tellement le conflit que l’enfant serait « pris en otage » ou instrumentalisé.
- Absence totale de lien antérieur : grands-parents absents toute la vie de l’enfant, qui « réapparaissent » soudain dans un contexte conflictuel, sans base affective solide.
Dans ces cas, le JAF peut :
- Refuser tout droit de visite ;
- Accorder un droit très étroit : quelques heures par mois, dans un lieu de visite médiatisé, avec tierce personne présente.
L’intérêt de l’enfant prime toujours : le sentiment d’injustice du grand-parent ne suffit pas.
Quelles formes peut prendre le droit accordé ?
Lorsque le JAF reconnaît le bien-fondé du lien, il calibre les modalités selon l’âge, la distance et l’état du conflit parental.
- Droit de visite simple : par exemple, un après-midi par mois, ou 2 heures tous les 15 jours, parfois dans un espace neutre ou en présence d’un tiers.
- Droit de visite et d’hébergement : week-end complet un mois sur deux, ou une semaine pendant les vacances scolaires.
- Contacts « indirects » : appels téléphoniques ou visios hebdomadaires, en complément ou en substitution si la distance/le conflit l’impose.
- Mise en place progressive : le juge peut prévoir des modalités évolutives : visites courtes d’abord, puis hébergement si tout se passe bien.
Le JAF peut aussi organiser les visites des grands-parents « dans le sillage » de celle du parent, pour ne pas démultiplier les trajets ou les changements d’environnement de l’enfant.
Comment se déroule la procédure concrètement ?
La saisine
Les grands-parents doivent saisir le JAF du lieu de résidence de l’enfant et ne peuvent se passer de l’assistance d’un avocat pour le faire. En effet, contrairement aux procédures JAF « classiques » concernant les parents, la procédure pour les ascendants est une des rares procédures JAF avec avocat obligatoire.
La saisine du JAF doit exposer :
- L’historique familial (parents ensemble, séparés, recomposés, décès) ;
- Le détail de la relation passée avec l’enfant (fréquence, qualité, implication) ;
- Les obstacles rencontrés (refus d’accès, visites brèves imposées, coupure nette) ;
- La demande précise (simple visite, visite avec hébergement, ou droit de communication).
L’audience
Le JAF convoque parents et grands-parents. Chacun expose sa vision. Le juge peut :
- Entendre l’enfant s’il dispose de la maturité et du discernement nécessaires, uniquement s’il le demande ;
- Ordonner une enquête sociale pour comprendre les dynamiques familiales ;
- Proposer une médiation avant de trancher, surtout si un apaisement semble possible.
Le jugement fixe ensuite les modalités, avec possibilité de révision si la situation change.
Après la décision : non-respect et suivi
Si les parents continuent à bloquer les visites malgré la décision, des poursuites pénales deviennent possibles.
L’avocat reste utile pour adapter la réaction au contexte.
Conseils pratiques (pour les deux côtés)
Si vous êtes grand-parent et voulez saisir le JAF :
- Constituer immédiatement un dossier documenté : photos, échanges de messages, attestations de proches confirmant la relation antérieure, preuves de participation à la vie de l’enfant ;
- Ne pas dénigrer les parents dans les écritures : critiquer les parents nuirait à votre crédibilité ;
- Montrer votre respect de l’autorité parentale : vous demandez juste à maintenir un lien, pas à contester la garde ou l’éducation ;
- Consulter un avocat pour calibrer votre demande (modeste au départ, progressive, adaptée à l’âge).
Si vous êtes parent et vous vous opposez :
- Ne dites jamais « je ne veux plus qu’ils voient mon enfant » : il faut justifier par des faits et des preuves que ce lien ne respecte pas l’intérêt de l’enfant.
- Si les grands-parents sont toxiques mais pas dangereux, accepter un droit limité et encadré (visites médiatisées, brèves) peut être un compromis intelligent. L’enfant bénéficie souvent d’un lien sain avec ses ascendants, même en contexte conflictuel.
Nos avocats experts en droit de la famille, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nos entretiens peuvent se tenir en présentiel ou en visio-conférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur www.agn-avocats.fr.
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