La société civile immobilière (SCI) constitue un outil juridique particulièrement adapté à la gestion et à la transmission du patrimoine immobilier des concubins. Loin d’être une simple structure de détention, la SCI offre une souplesse remarquable pour organiser la protection du survivant tout en optimisant drastiquement la fiscalité successorale. Associée au démembrement croisé des parts sociales, elle permet d’atteindre une quasi-franchise fiscale, transformant radicalement l’économie d’une transmission entre concubins.
Pourquoi créer une SCI entre concubins ?
Les limites de l’indivision classique
Lorsque des concubins acquièrent ensemble un bien immobilier sans structure particulière, ils se retrouvent en indivision. Cette situation présente de nombreux inconvénients : chaque indivisaire détient une quote-part abstraite du bien sans possibilité de gérer seul, et au décès de l’un, sa part tombe dans sa succession.
En indivision, pour que le concubin survivant conserve la jouissance du bien, le défunt doit lui léguer sa quote-part par testament. Ce legs est taxé à 60 % après l’abattement de 1 594 €. Sur un bien de 600 000 €, la transmission de la moitié génère environ 180 000 € de droits de succession.
La SCI : souplesse et organisation
La création d’une SCI permet de sortir de l’indivision et d’organiser la propriété du bien de façon plus souple. Les concubins deviennent associés d’une société civile qui détient le bien immobilier. Cette interposition ouvre la voie à des montages patrimoniaux sophistiqués, impossibles en indivision directe.
La SCI permet notamment de dissocier la propriété du bien et les droits sociaux. Cette dissociation autorise le démembrement des parts, leur transmission progressive, et l’organisation de clauses statutaires sur-mesure.
Le démembrement croisé de parts : technique et avantages
Constitution et échange de droits
Le démembrement croisé repose sur un mécanisme en trois temps. Premièrement, les concubins constituent une SCI avec un capital divisé en parts. Deuxièmement, ils procèdent à un échange de droits démembrés : chacun échange la nue-propriété (ou l’usufruit) de ses parts avec le droit de même nature détenu par l’autre. Troisièmement, la SCI acquiert le bien immobilier.
Les effets au décès du premier concubin
Au décès du concubin 1, le concubin 2 (survivant) détient l’usufruit de la totalité des parts sociales. Il bénéficie donc de la jouissance intégrale du bien immobilier. Parallèlement, il conserve la nue-propriété de 50 % des parts. Les héritiers du défunt reçoivent la nue-propriété des 50 % restantes.
Une quasi-franchise fiscale
L’avantage fiscal du démembrement croisé est spectaculaire : au décès du premier concubin, aucune transmission taxable n’intervient entre les deux concubins. Le survivant ne reçoit aucun droit nouveau : il détient déjà l’usufruit de l’ensemble des parts avant le décès, et il le conserve après. Il n’y a donc pas de mutation à titre gratuit génératrice de droits de succession.
Sur un bien de 600 000 €, cette technique permet d’économiser environ 180 000 € de droits de succession par rapport à un legs direct. Le gain fiscal atteint 100 %.
Démembrement croisé vs tontine : quel arbitrage ?
Les avantages comparés
Le démembrement croisé et la tontine poursuivent un objectif commun mais diffèrent radicalement dans leurs effets. La tontine directe offre une protection civile absolue (pleine propriété de 100 %) mais se paie au prix fort : 60 % de taxation.
La tontine en SCI réduit considérablement cette taxation (environ 10 000 € au lieu de 119 000 € sur un bien de 400 000 €, soit une économie de 92 %), tout en conservant l’effet d’accroissement.
Le démembrement croisé va encore plus loin : droits quasi inexistants. En contrepartie, le survivant ne reçoit pas la pleine propriété intégrale mais dispose de 100 % de la jouissance et conserve 50 % en nue-propriété.
Quel choix selon vos priorités ?
Si la protection absolue du survivant prime, la tontine directe s’impose malgré son coût. Si l’objectif est de protéger fortement le survivant tout en limitant la fiscalité, la tontine en SCI constitue un excellent compromis. Si le couple privilégie l’optimisation fiscale maximale et accepte que le survivant n’ait que la jouissance du bien, le démembrement croisé devient l’outil de choix.
Les précautions indispensables
Respecter l’exigence d’aléa
L’administration fiscale peut requalifier un montage en libéralité déguisée si l’aléa fait défaut : espérances de vie très différentes ou financements déséquilibrés. Pour sécuriser le montage, les concubins doivent contribuer de façon équivalente et présenter des espérances de vie comparables.
Éviter les legs réciproques
Dans une SCI à démembrement croisé, il convient d’éviter tout legs réciproque entre concubins. L’article 751 du Code général des impôts prévoit une taxation spécifique des legs réciproques entre personnes sans lien de parenté, au taux de 60 %.
Documenter le montage
La complexité du démembrement croisé impose une documentation rigoureuse : statuts de SCI rédigés par un notaire, acte d’échange des droits démembrés, justification des apports. Cette documentation sécurise le montage face à d’éventuelles contestations.
SCI et famille recomposée : un cas d’usage idéal
Protéger le concubin sans spolier les enfants
Dans les familles recomposées, la SCI à démembrement croisé offre une solution équilibrée. Le concubin survivant bénéficie de la jouissance intégrale du bien, tandis que les enfants de chaque lit reçoivent la nue-propriété d’une partie des parts. Cette organisation évite les conflits.
Préserver des revenus au survivant
L’usufruit des parts sociales confère au concubin survivant le droit aux dividendes si la SCI détient un bien loué, ou le droit d’occupation gratuit si le bien constitue la résidence du couple. Ces prérogatives garantissent au survivant des ressources ou un logement.
Créer une SCI entre concubins : les étapes pratiques
Rédaction des statuts
La création d’une SCI suppose la rédaction de statuts précis, définissant l’objet social, le capital, la répartition des parts, les règles de gérance, et les modalités de décision. Il est crucial d’intégrer des clauses spécifiques : clause d’agrément, clause de préemption, et clause de tontine si ce mécanisme est choisi.
Réalisation de l’échange de droits démembrés
Si les concubins optent pour le démembrement croisé, ils doivent procéder à un échange formel de droits démembrés. Cet échange doit être constaté dans un acte notarié. Les droits d’enregistrement sur cet échange sont quasi inexistants en raison de l’équivalence des valeurs échangées.
Acquisition du bien par la SCI
Une fois la SCI constituée et le démembrement croisé réalisé, la société peut procéder à l’acquisition du bien immobilier. Les associés peuvent financer l’acquisition par des apports en capital, des comptes courants d’associés, ou en faisant souscrire un emprunt par la SCI.
SCI et optimisation patrimoniale globale
Combiner SCI et assurance-vie
La SCI peut se combiner avec l’assurance-vie pour optimiser la protection du concubin sur l’ensemble du patrimoine : la SCI à démembrement croisé protège sur l’immobilier, tandis que l’assurance-vie protège sur les liquidités.
Articuler SCI et donations aux enfants
Dans les familles recomposées, la SCI peut s’articuler avec des donations directes aux enfants. Chaque parent peut donner à ses enfants la nue-propriété d’une partie de ses parts sociales, tout en conservant l’usufruit.
Les pièges à éviter
La SCI unipersonnelle rétroactive
Dans le cadre d’une tontine en SCI, il est impératif que chaque associé conserve au moins 2 parts hors tontine. À défaut, la SCI serait rétroactivement unipersonnelle, anéantissant l’effet recherché.
L’abus de droit fiscal
Le montage doit reposer sur des motivations patrimoniales sérieuses et non sur un objectif exclusivement fiscal. Les concubins doivent veiller à ce que les conditions objectives d’aléa soient bien réunies.
Les contraintes de gestion d’une SCI
La SCI suppose une gestion administrative (comptabilité, dépôt des comptes, déclaration fiscale), un coût de fonctionnement, et le respect d’obligations légales. Ces contraintes doivent être anticipées.
SCI et accompagnement professionnel
L’intervention indispensable du notaire
La création d’une SCI entre concubins exige l’intervention d’un notaire. Ce professionnel rédige les statuts, réalise l’échange de droits démembrés, sécurise juridiquement le montage, et procède à l’acquisition du bien.
Le rôle de l’avocat
L’avocat expert en droit des successions intervient en amont pour concevoir la stratégie globale, analyser les conséquences juridiques et fiscales, et conseiller les concubins sur le choix de la technique la plus adaptée.
Le suivi dans le temps
La SCI nécessite un suivi régulier : tenue de la comptabilité, assemblées générales annuelles, mise à jour des statuts. Ce suivi garantit la pérennité et l’efficacité du dispositif.
Nos avocats, en droit des successions, se tiennent à votre disposition pour répondre à toutes vos questions et vous conseiller. Nos entretiens peuvent se tenir en présentiel ou en visio-conférence. Vous pouvez prendre rendez-vous directement en ligne sur www.agn-avocats.fr.
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